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mardi 19 mai 2009

Championnats du Monde de 24 heures (2009)

24h de BERGAMO : IAU WORLD CHALLENGE 2009

C’était il y a une semaine, le coup de pistolet final venait de retentir. Anne Cécile venait de réaliser un truc incroyable « Championne du Monde », troisième au scratch, nouveau record de France à seulement 13 mètres du record du monde… Pour ma part, je terminais douzième d’un championnat du Monde en améliorant ma marque de quelques hectomètres…



Petit retour en arrière.

Jeudi 30 avril, 17h.

Je laisse mes élèves rentrer chez eux, ils savent que leur « maître » part en Italie pour rejoindre Anne Cécile et l’Equipe de France. Certains que cela intéresse, me souhaitent bonne chance ! Mes parents (que je remercie) sont venus récupérer Salomé, Maïlys et Titouan à la sortie de l’école…Ils me souhaitent bon courage. Titouan aura eu ces mots quelques jours auparavant « Maman, tu essaieras de me ramener un coupe ! »

Je passe rapidement à la maison, je charge mes deux caisses, mon sac, une chaise pliante et mon duvet. Puis je prends la route direction Bergamo. Je sais que je vais passer un week-end sympa, quasiment impensable pour un athlète amateur. Partager une course d’un Championnat du Monde avec les meilleurs athlètes mondiaux. Un vrai rêve ! J’ai parfaitement conscience que je dois considérer cela comme un privilège ; cela fait des mois que je m’y prépare, et depuis seulement quelques semaines, j’ai la certitude d’avoir un dossard ; seulement deux athlètes étrangers ont été acceptés dans la course OPEN, merci à Grégorio (le boss de l’organisation sur place) qui a oeuvré contre l’avis de l’IAU.

La route se passe bien, après 3h et quelques centaines de km, je me retrouve à quelques dizaines kilomètres de la frontière en territoire Italien. Je fais une pause repas ; des pâtes sorties de mon sac. Et là un coup de fil de Véro, l’épouse de Phil. Elle me propose de m’héberger pour la nuit, elle se trouve du côté de Milan… Je reprends la route, et après m’être un peu perdu dans la banlieue Milanaise, j’arrive à son hôtel vers minuit. Cool, je devais dormir dans la voiture, je me retrouve en réalité dans un hôtel grand standing ! Merci Véro et Phil, j’ai apprécié. Courte nuit en ce qui me concerne, car comme je l’ai écrit plus haut, je sais que je vais vivre un truc incroyable, et cela perturbe un peu mon sommeil.


Vendredi 1er mai, 7h30.

Ce matin, après un petit déjeuner « soft », nous prenons la route pour rejoindre Bergamo à une cinquantaine de km. Nous arrivons à l’hôtel dans lequel sont logés les Français. Anne Cécile et là, avec Sylvie PEUCH, je retrouve Bruno et Patricia au petit déj avec leurs enfants, je retrouve Phil, je salue Momo (première fois que je rencontre de vrai ce Grand Monsieur), je salue Brigitte, Christophe MARTIN, Anne Marie et Eric VERNET, Jean François PONTIER (le coach d’Anne Cécile et également responsable de la délégation) je fais connaissance « pour de vrai » avec Titi (Thierry DOURIEZ), je salue Bernard GAUDIN, Philippe PROPAGE, le toubib Jean Michel, la kiné Maryline, la podo Virginie, Jean Pierre (le chef de la délégation FFA), je salue également Martine GUILHEMBET et Kora BOUFFLERT, je retrouve Fabien HOBLEA. Bref, que ce qui se fait de mieux cette année sur la planète 24h. L’ambiance est très sympathique, le climat est convivial, bref, tout le monde est là, détendu, mais prêt à en découdre. Les Suédois sont dans le même hôtel, le futur champion du Monde qui ne le sait pas encore est là ; lui aussi. Qui a porté chance à qui ? C’est une question aux superstitieux.



Dans la matinée, après avoir récupéré mon dossard, n°320, je fais un tour du circuit en marchant avec Phil, Véro, Martine et Kora. J’apprends que François (Papy 64) ne sera pas présent auprès de Martine et j’en suis désolé pour lui, idem pour le mari de Kora qui doit s’occuper des enfants…

Nous découvrons ce circuit, qui immédiatement paraît exigeant… Peu importe ! Je suis là pour ça, « qui vivra verra ! ». Anne Cécile et Sylvie règlent des détails avec Jef pour la course du lendemain.



Le repas est pris dans une cafétéria avec l’ensemble de l’Equipe de France. Je suis comme un gosse à Noël devant le sapin et tout les cadeaux. Je ne peux m’empêcher de penser « Put… ! Tu es à table avec un paquet de champions du Monde ! » De suite je me suis senti bien accueilli parmi ce groupe, mais en aucune façon je ne voulais déranger en quoi que ce soit.

L’après midi se passe tranquillement ; réunion technique pour les uns, repos en chambre pour les autres, je retourne faire un tour de circuit avec Bruno. Puis viendra la séance pour les photos, le soleil est resplendissant, les couleurs sont belles… Les Français sont les favoris, c’est certain ! Les supporters Français également, des amis et la famille de Christophe, les amis et la Heubi Team, la famille de Titi, la famille et les amis de Fabien, les amis de Bibi, plus tard, le mari de Sylvie, et bien d’autres encore qui ont fait le déplacement pour encourager nos Français.

Vendredi 1er mai, 17h.

Cérémonie d’ouverture avec notamment la présentation des 28 délégations nationales et de nombreux discours… J’y retrouverai Gilbert CODET, qui également était venu supporter les Français. Puis viendra l’heure de la Pasta. Beaucoup trop de monde, nous décidons d’aller nous restaurer à la cafétéria. Je récupère ma chambre dans un autre hôtel, que je partage encore une nuit, avec Véro. Pour la petite histoire, nous ne disposions cette fois que d’un lit double, aussi, pour ne générer aucun quiproquo et en accord avec Véro, j’ai pris l’option de dormir par terre sur la moquette ; j’avais bien fait de prendre mon duvet ! Je prends quelques gouttes de somnifère, histoire de faire une bonne nuit avant la course.

Samedi 2 mai, 7h00.

Pas besoin de réveil, mais j’ai bien dormi. Véro est parti rejoindre Phil. Pour ma part, petit déjeuner classique ; il ne faut rien changer. Je quitte l’hôtel vers 8h, descends dans les profondeurs d’un parking où se trouve ma voiture. Là, je sors mes caisses, et commence à préparer mes litres de boisson énergétique. Il faut dire que courant en OPEN comme 23 autres coureurs, nous ne sommes pas « logés » à la même enseigne, mais c’est normal, ça fait partie des règles.

Je prépare donc une douzaine de petites bouteilles, j’ai du coca, de la Saint Yorre, une brique de soupe, du sel, du doliprane, le MP3, une grande tasse, une paire de ciseaux, et mes fringues de rechange pour la course.

Va falloir se débrouiller un peu seul sur ce coup là. A ce propos, un grand merci à la Heubi team qui m’a tout naturellement et généreusement proposée son aide et à Gilbert qui m’a filé un sacré coup de main, autant sur le plan matériel que psychologique.

9h20, je sors du parking, « déguisé » en coureur, prêt à prendre le départ, chargé de mes deux caisses. Philippe PROPAGE que je croise dans la rue qui mène au circuit tout proche, m’aide à les porter jusqu’à ce que je trouve la place qui est réservée au ravitaillement perso des coureurs en OPEN sur le circuit. Après quelques hectomètres, je pose mes caisses et m’apprête à rejoindre la tente ravito des Français. Il y a de l’agitation partout, faut dire que pour le staff, c’est un ENORME travail… BRAVO à Jef et aux autres membres du staff . Je peux dire que vous aviez mis tous les atouts de votre côté et que nos « Bleus » étaient dans de bonnes conditions pour briller.



9h50, nous nous rapprochons de la ligne de départ. Je suis heureux d’être là avec tous ces gens un peu fou qui ont fait le choix de courir 24h. Ces instants sont magiques pour un champion du monde de son jardin !

9h59, il fait grand beau temps sur Bergamo. Tout le monde est derrière la ligne de départ. Je viens d’embrasser Anne Cécile une dernière fois avant le départ et souhaiter bonne chance aux Bleus (Peut-on parler de chance ?)… 3, 2, 1. C’est parti ! Pour 24h….


Chacun des coureurs est concentré sur ce qu’il a à faire. Pour ma part, ce sera 13’ tous les deux tours(1134m x2) en alternant course et marche ; comme à l’entraînement, soit 10,5km/h de moyenne avec une première heure légèrement plus rapide du fait des minutes que l’on gagne sur les premiers tours. Et là, je savoure… Dès les premiers tours justement, quand tout paraît si facile, je savoure la chance et le privilège d’être là (et cette fois-ci on peut parler de chance).

J’entame une longue course d’attente car dans ma tête, ça ne démarrera qu’à partir de 120km parcourus. Je passe donc mon temps à gérer mon allure, mon ravito perso, à encourager les Français(es) dès qu’ils me prennent un tour, à courir quelques hectomètres voir un tour avec l’un ou l’une d’entre eux dès que nos allures respectives se trouvent en phase, à répondre d’un signe de la main aux supporters Français, à sourire aux photographes pour essayer de rivaliser avec Anne Cécile dans ce domaine (non j’déconne…), à encourager le staff (qui me re le rend bien)à chaque passage devant  « les stands », Jef me renseigne sur la progression d’Anne Cécile qui de son côté prend de mes nouvelles auprès de Véro. Faut dire qu’elle à 10,7km/h et moi à 10,5, faudra attendre presque 6h pour qu’elle me prenne un tour (elle m’en prendra un bon paquet quelques heures plus tard)… Bref, j’avance, reste concentré et me régale. Je m’hydrate au maximum, pense à me rafraîchir avec les éponges à chaque tour, fait un lancé d’éponge dans la poubelle ou dans les mains du bénévole… Chapeau bas à l’organisation ; ils ont été sans faille.



Je ne courrai ni avec Christophe, Fabien, Momo, Phil et Kora pendant les premières heures. Pas moyen de les suivre, ils vont trop vite. D’autres comme Bruno, Bibi, Thierry, Sylvie sont plus dans mes allures lorsque je cours… eux continuent, moi je marche pendant ma période de récup.





Et cella suit son cours jusqu’à la dixième heure de course environ. Gilbert aura pris le soin de déplacer mes caisses à l’ombre afin de na pas être obligé de consommer chaud. L’après midi aura été très chaude, et l’hécatombe a commencé. Abandons, syncopes et vomissements s’enchaînent… Dur dur pour tous ces coureurs si longuement préparés.











Bien entendu, comme tous ou presque, j’ai moi aussi une grosse baisse de régime au début de la nuit. Pas de problème physique, mais une grosse fatigue. Plus de jus ; la panne sèche. Il me faudra 34’ entre la douzième et la treizième heure pour effectuer mes deux tours. En accord avec Gilbert, je décide de me poser cinq minutes. On tchatche ; je sais à ce moment là que s’en est terminé pour moi aussi. Si j’avais connu le résultat final à cet instant « t », j’aurai signé des deux mains. Pas une seule seconde je pense à abandonner, je me dis seulement que je dois rester sur le circuit, pour aider au mieux les Français(es) encore sur le circuit, pour Anne Cécile, pour tous ceux qui nous ont encouragés avant l’épreuve, pour tous les efforts consentis pour en arriver là, et parce qu’il s’agit d’un Championnat du Monde et que cette opportunité ne se présentera pas à moi tous les quatre matins. De plus je pense positif : « ça va repartir ! ».


Après cinq minutes assis au côté de Gilbert, je repars, transis de froid bien entendu, mais ça ne va pas durer, et je me retrouve de suite à tourner avec Bibi qui jusque là fait une course extraordinaire.

A ce moment là de la course, je ne conçois pas que le titre puisse lui échapper cette fois ; cela avait était tellement dur à Séoul ! (sans la moindre arrière pensée négative de ma part envers Anne Marie qui le méritait tout autant). Je repense à ses  côtés à sa façon d’enchaîner mentalement les heures… Merci Bibi de m’avoir fait partagé cela.

J’ose demander au staf Français de me faire chauffer un peu de soupe. Ils acceptent, le tour suivant j’arrive chargé de ma grande tasse, la  brique de soupe et les ciseaux. Merci à vous !

Je décide de m’avaler une bonne assiette de pâtes au fromage…Miam ! N’est-ce pas Quentin, qu’elles sont bonnes !

Puis ce sera le tour de Phil qui aura fait tout son possible malgré la douleur pour rester le quatrième Français en course des fois que l’un des trois autres abandonne. Il ne s’arrêtera qu’après concertation avec les coachs. Bravo Phil, tu es fort et Grand !

Un peu plus tard dans la nuit, je  tournerai de nouveau avec Bruno qui, comme nous tous, a certes un peu baissé de régime mais qui reste toujours très concentré sur sa course.

Momo et Thierry continuent leur route, Martine, Kora et Anne Marie également ; Sylvie est en véritable souffrance ; elle a fait preuve d’une force de caractère incroyable car malgré des maux de ventres incessants, des passages répétitifs aux toilettes, elle restera sur le circuit et enchaînera les tours jusqu’au lendemain. Bravo Sylvie ! Tu es une Grande toi aussi !


Le public Français restera le seul présent toute la nuit. Bravo à vous tous également car sans vous, les coureurs ne feraient sans doute pas aussi bien.

Vers la quinzième heure me semble-t-il,  Jef me dit qu’Anne Cécile a un petit coup de mou. Je décide avec son accord de prolonger ma période de marche jusqu’à ce qu’elle me rattrape et de repartir avec elle. C’est ce que nous faisons, et je crois pouvoir dire que cela lui a fait le plus grand bien, tout comme à moi. Nous tournerons ensemble une bonne heure, enfin, ensemble, pas tout à fait car un juge fédéral au bout de deux tours me demande de passer derrière et non pas de rester à côté ; ce que je fais immédiatement. Au bout d’une heure, le juge change d’avis ! Même derrière à quelques mètres, ce qui lui convenait il y a une heure ne lui convient plus. Il menace de la disqualifier. Je m’arrête donc à sa hauteur et nous entamons (le juge et moi) une conversation…….. qui ne mène à rien…  Je m’engage à ne plus courir avec Anne Cécile, ni devant, ni derrière. Je repars et en informe le staff Français qui me dit de ne pas trop m’en inquiéter. Finalement Anne Cécile et moi ne courons plus jamais ensemble, pas même dans la dernière minute de course ; seulement les 20 dernières secondes grâce à Fabien qui me répète que j’en ai le droit.

Au petit matin, une deuxième et dernière pause assise de quelques minutes à mon ravito perso car j’étais à court de carburant ; je m’empresse de me préparer de nouvelles petites bouteilles de boisson énergétique, histoire de ne pas tomber en panne….

Je commence à m’occuper des classements vers la 20ème heure. Anne Cécile est alors deuxième au scratch et Championne du Monde provisoire. Pour ma part, je suis sur le point d’atteindre la barre des 200 avant la fin de la 21ème heure (comme à Aulnat) et je me dis que c’est déjà pas si mal.

Je gèrerai les quatre dernières heures de course au mieux, heureux et complètement bouleversé à l’idée qu’Anne Cécile pouvait aller chercher le titre. J’en pleurerai dans les bras de Phil à 1h 30 de la fin de la course tant elle était en passe de réussir un exploit. Les coachs et Phil m’ont fait savoir qu’elle était en passe de battre le record du monde sur ce revêtement… Hélas, je n’ai pu l’aider dans cette tentative, même dans les dernières minutes ; la réprimande du juge pendant la nuit m’avait enlevé toute velléité de l’aider d’une manière que ce soit.

Jean Pierre était aux anges et demandait au speaker « de mettre le feu » ; le public, les bénévoles étaient grandioses. Derniers tours pour moi après avoir fait un tour « au taquet », je rattrape Anne Cécile, il reste dix minutes… Je ma cale à une vingtaine de mètres derrière elle, et je savoure ces instants ; ils sont magiques, merveilleux, plein d’amour pour ma belle, nos enfants, nos familles.

Dimanche 3 mai, 10h.

C’est fini, nous posons nos marques par terre ; c’est l’attroupement autour d’Anne Cécile.
"Mon Amour, tu es Championne du Monde!" Les larmes me seront souvent montées aux yeux. Ce sont des instants uniques; mes pensées sont pour mes proches.
Fabien est avec nous,  Jef est là, Jean Michel également… Merci Jean François, tu y es pour quelque chose ! Merci Bernard, Philippe, Fred, Jean Michel, Marilyne, Jean Pierre et vous tous qui étiez là autour du circuit...Vous avez tous une part dans son succès.


Ensuite arriveront les nombreuses et interminables sollicitations...
Pour la suite, ce serait trop long à raconter, alors juste pour finir ce récit, sachez que dès le lendemain matin, après avoir roulé toute la nuit pour rentrer chez nous, Anne Cécile retrouvait ses patients et je retrouvai mes élèves... C'est aussi cela les 24 heures.











Merci à nos familles, nos amis et à tous ceux qui auront pris du plaisir à lire ce récit.

Emmanuel